Walid Bensalem : « l’art numérique existe aussi en Tunisie »

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Walid Bensalem

Walid Bensalem (aka The Sinner) est un artiste du numérique de 36 ans. Tunisien, résidant à Nabeul, il pratique le dessin vectoriel assisté par ordinateur. Car oui, Walid est l’un des quelques artistes qui croient aux numérique en Tunisie, et même si la discipline peine à se faire une place là bas, on sait que quelques personnes la porte fièrement et tentent de se faire un nom. Le Digi Report s’est intéressé à son parcours.

Digi Report : Bonjour Walid, tout d’abord, peux-tu nous raconter ton parcours scolaire et comment tu en es arrivé au dessin vectoriel ?

Walid Bensalem : Bonjour ! J’ai passé mon baccalauréat en 2000, mais après cela je n’ai reçu aucun diplôme. J’ai passé une formation de 6 mois dans le domaine de la Publication Assistée par Ordinateur (PAO). De là, je me suis formé tout seul, car je suis passionné depuis toujours par le dessin. Mes premiers essais en matière d’art numérique datent d’il y a 4 ans. Je me suis mis à reconstituer des photographies que j’aime regarder sur Internet à l’aide du dessin vectoriel.

DR : Qu’est-ce qui vous a décidé de passer du dessin traditionnel à l’art numérique ?

WB : Avant de faire du tracé vectoriel, je dessinais à l’aide de simples crayons. Le manque d’exercice et de maîtrise a fait que je ne maitrisais pas vraiment les mélanges de couleurs. Je me suis aussi rendu compte que mes dessins étaient souvent plein de défauts concernant la finition des courbes.

En travaillant en tant que graphiste, je me suis rendu compte que je pouvais pallier à ce problème à l’aide des outils vectoriels de mes logiciels. C’est à partir de là que j’ai réalisé mes premières œuvres d’art numérique.

DR : Comment décririez-vous votre style artistique actuellement ?

WB : Je dirais que c’est une forme de neo pop art. Il y a des formes et des courbes simples, mais le tout est associé à des couleurs très électriques. Cependant, je reste attiré par de nombreux styles, comme les œuvres de Patrice Murciano, Fabian Perez, Louis Jover, et bien d’autres.

DR : Arrivez-vous à vivre de votre art aujourd’hui ?

WB : Non, je pratique l’art pour dégager quelque chose de profond en moi, pour exprimer une certaine vision de la beauté. Je dessine quand je me sens mal ou quand je suis heureux, et les résultats de mes dessins reflètent toujours mon état d’esprit à ce moment là.

Il m’arrive parfois d’être découragé, d’avoir envie d’arrêter. On ne nous encourage pas vraiment dans ce domaine. En fin de compte, on passe des jours et des jours à reproduire ou faire un portrait pour parfois s’entendre dire qu’il est désormais possible de faire la même chose avec d’autres techniques ou logiciels. Ce qui est agaçant.

Malgré tout, je reste ouvert à l’avenir. Le jour où j’aurai les moyens et suffisamment d’œuvres à présenter, j’aimerais réaliser une petite exposition. Peut-être dans un centre culturel ou quelque chose dans ce genre.

DR : La Tunisie est un pays aux traditions musulmanes, est-ce pour autant difficile d’y pratiquer votre art ? (on sait par exemple que l’Islam a longuement interdit la représentation de l’homme, et de la femme dans l’art, pourtant vous semblez apprécier les représentations féminines dans vos œuvres)

WB : Non, je n’ai jamais eu de reproches idéologiques ou religieuses et on ne m’a jamais interdit de faire ce que je fais sous prétexte de l’Islam.

DR : Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans votre carrière d’artiste ? Lesquelles ?

WB : La première des difficultés c’est toujours l’absence d’intérêt, pour l’art numérique. La Tunisie a toujours des problèmes pour tout ce qui touche au numérique. Je vois de nombreux graphistes freelance de par le monde qui peuvent vendre leurs œuvres sur Internet. Nous nous avons beaucoup plus du mal, et je trouve ça un peu exagéré à notre époque.

Ce qui me gêne le plus c’est surtout qu’en Tunisie, la notion même d’art numérique n’existe pas. On valorise toujours l’art traditionnel effectué à la main, alors que dans le fond, il n’y a pas de différence entre ça et l’art numérique. C’est seulement une question d’outils : certains utilisent les mains, d’autres la souris.

DR : Aujourd’hui y aurait-il des formations ou des compétences que vous souhaiteriez vraiment acquérir pour améliorer votre technique ?

WB : Oui j’aimerais beaucoup faire des formations en peinture numérique (ou digital painting). Je projette aussi de m’acheter une tablette graphique comme une Wacom X par exemple, ainsi qu’un Mac. Pour le moment j’utilise un petit PC et ma souris pour réaliser mes dessin vectoriels.

DR : Votre famille vous soutient-elle dans votre activité d’artiste ?

WB : Ma famille n’a aucune idée réelle de ce que sont mes réalisations artistiques. Je fais ça seul, le plus souvent dans ma chambre, et je publie mon travail sur Facebook et Instagram. Je reçois tout de même beaucoup de soutiens de la part de mes amis. J’aime quand ils me disent que j’ai un talent fou !

DR : Que conseilleriez-vous aux tunisiens qui souhaitent débuter l’art numérique ?

WB : Je n’ai pas de conseils précis à donner aux Tunisiens, si ce n’est : faites de l’art ! Ne baissez jamais les bras, continuez votre route ! Même si c’est souvent très dur, notre travail finira par trouver sa place dans la mémoire des gens.

DR : Quelque chose à dire aux lecteurs du Digi Report ?

WB : Un énorme merci au Digi Report d’avoir porté de l’intérêt à mon art. Cela me fait vraiment plaisir de partager certaines de mes réalisations avec vous. Pour vous, chers lecteurs, un grand salut et un énorme merci. S’il y en a quelques uns qui s’impliquent aussi dans l’art numérique, ne lâchez pas prise !

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