Sylvain Sarrailh « Tohad » : « bâtir un radeau pour en faire galion »

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Soucieux de protéger son anonymat, Sylvain Sarrailh nous communique un autoportrait de lui aux tendances félines.

A 32 ans, Sylvain Sarrailh est un artiste du numérique toulousain à qui la réussite semble sourire. Passionné par le dessin depuis tout petit, il a toujours su qu’il voulait faire de l’art appliqué un métier.

Diplômé de l’ETPA (désormais ESMA), une école privée de cinéma d’animation, il nourrit une constante évolution de son style artistique et une exigence personnelle intense. D’abord connu pour sa BD Badass Cartoon, son talent a finit par être remarqué à l’international. Dans un univers professionnel considéré comme particulièrement difficile, il a su faire de sa passion une véritable carrière en travaillant pour des studios de Jeu vidéo prestigieux tels qu’Amplitude, Ubisoft, ou Electronic Arts.

Pourtant, comme pour nombre d’artistes du numérique, tout n’a pas été facile dès le départ. Le Digi Reporteur s’est intéressé à ce qui lui a permit d’atteindre un tel résultat professionnel malgré les difficultés. Il nous répond depuis Londres où il travaille quelques temps pour un studio dont on ne peut pas mentionner le nom (mais qui à réalisé les Batman Arkham, on vous laisse chercher).


 

Digi Reporteur : Bonjour Sylvain. Abordons quelques questions sur ton passé d’artiste. Quand as-tu décidé de te lancer dans l’art numérique ?

Sylvain Sarrailh : Je me souviens que la première fois que je me suis intéressé à l’art numérique, c’était à la fin des années 80. Canal+ diffusait alors des images des festivals Imagina (anciennement appelé Forum des Nouvelles Images et organisé par l’INA de 1986 à 2000) ce qui m’a permit de voir mes premières images de synthèse. Je trouvais ça fou que l’on puisse reproduire des lumières et des volumes avec des ordinateurs ! En grandissant je me suis vite intéressé à la 3D et aux jeux vidéo.

Mais il a fallu attendre ma première initiation 3D à l’ETPA pour me convaincre que ce domaine artistique pouvait être accessible pour moi, et pas seulement des scientifiques talentueux comme je le pensais quand j’étais petit.

DR : Tes débuts ont-ils vraiment été durs ?

Sylvain Sarrailh : Tout est relatif. Certains penseraient que mes débuts étaient catastrophiques, d’autres, comme moi, que c’est tout à fait normal dans ce métier. Je vois les difficultés d’une carrière dans l’art numérique comme une aventure ! On commence par bâtir un radeau pour en faire un galion. Il faut de la résilience.

DR : La question qui brûle les lèvres : comment as-tu fais pour tenir bon ?

Sylvain Sarrailh : J’étais patient mais surtout pas inactif. Après mes études j’ai consacré près d’un an et demi à travailler mon style et ma technique et à étoffer mon portfolio. Je voulais construire mon identité de freelance pour convaincre des employeurs et ça a finit par payer. Aujourd’hui j’entretiens toujours cette forme de rigueur personnelle, c’est ce qui me permet d’avoir d’assumer des exigences auprès de mes employeurs et d’établir des relations professionnelles profitables pour moi comme pour mes clients.

DR : Je vois que tu as déjà travaillé pour de très grands noms. Une collaboration t’a marqué plus que les autres ?

Sylvain Sarrailh : Mon expérience préférée reste celle que j’ai partagée avec Parallel Studio (fondé par Ronan Coiffec, un ancien du studio de jeux vidéo DONTNOD Interactive qui a réalisé Life is Strange). Avec eux j’ai travaillé sur le jeu d’horreur en réalité virtuelle Dark Days (pour le Samsung Gear VR). L’ambiance y est particulièrement sombre et décolorée ce qui ne m’est pas du tout familier. Qui plus est, dans cette collaboration il n’y avait que très peu d’aspects mercantiles. Ça a été une expérience très riche pour moi. J’ai eu l’impression de repousser quelques limites et d’étendre mes inspirations.

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Concept art pour Dark Days

DR : Attaquons ton présent maintenant, que signifie l’art numérique pour toi ?

Sylvain Sarrailh : L’art numérique tire encore plus vers l’universalité car les œuvres, et les outils, sont beaucoup plus faciles à partager. En plus, ces outils modernes permettent à l’artiste de consacrer plus de temps à l’aspect créatif grâce à l’automatisation des tâches laborieuses. Cependant, pour moi il n’y a pas de compétition entre les différentes formes d’arts appliqués. Ce qui compte c’est toujours le résultat et pas le temps que l’on a passé pour l’atteindre.

DR : Peut importe les projets sur lesquels tu travailles, il n’est pas difficile de retrouver ta patte graphique à chaque fois. Comment la définirais-tu ?

En trois mot : colorée, essentielle, et imparfaite. Je me focalise sur le cœur de l’idée avant tout et très peu sur les détails tout en accordant une grande importance à la couleur.

DR : Quelles sont tes inspirations ?

Sylvain Sarrailh : J’essaye de ne pas me laisser trop influencer par ce que font mes confrères, même les meilleurs. Je ne veux pas que ma profession s’auto-digère. En dehors de ça, la Nature et l’Espace restent mes meilleures sources d’inspiration. Je marche beaucoup, car je n’ai pas le permis (ajoute t-il en riant) et j’en profite pour tenter de découvrir de nouveaux jeux de lumière, de profondeurs de champ, de nouvelles harmonies.

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La Cintiq 22 pouces HD de Wacom

DR : Et quels sont tes outils de travail pour atteindre un tel résultat ?

Mon trio d’outils : Photoshop pour l’illustration, Maya pour la 3D, et la Cintiq 22 pouces de Wacom.

DR : Questions « futur » maintenant. Tu as déjà plutôt bien percé dans le métier. Tu aspires à d’autres choses ?

Sylvain Sarrailh : J’ai bien sûr toujours de nouveaux projets qui me trottent dans la tête à commencer par concrétiser un jeu vidéo. J’économise de quoi développer un prototype et ainsi voir si mon projet est réalisable.

DR : Tu nous fais l’honneur de nous donner quelques infos en exclusivité ?

Sylvain Sarrailh : Ce que je peux dire c’est que je planche sur un jeu d’aventure textuel mais très illustré. Et aussi que tout tournerait autour du mensonge…

DR : Que conseillerais-tu aux artistes débutant dans le numérique pour percer dans le métier ?

Sylvain Sarrailh : Il faut avant tout toujours penser à travailler sur des projets personnels. Ne jamais rester inactif ! Gardez à l’esprit que vous êtes toujours jugés sur votre portfolio, jamais sur votre diplôme. En travaillant vos projets vous allez apprendre comment faire la différence sur le marché.

Autre conseil, il me semble qu’il est très important de savoir parler anglais. Cela développe énormément le champ des possibilités pour trouver des clients.

Pour finir j’ajouterai qu’il faut absolument rester humble. L’art numérique n’est pas un métier de star. Il ne doit pas y avoir de rapport de compétition ou de prestige. Il faut se focaliser sur la construction d’un caractère optimiste et se préparer à une carrière faite d’épreuves.

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