La réalité virtuelle enseigne l’annonce de mauvaises nouvelles

La société américaine Medical Cyberworlds propose une technologie de réalité virtuelle (VR) afin d’améliorer l’empathie du personnel médical. Le but est de comprendre les réactions des patients et d’adapter son discours pour transmettre les pires nouvelles.

« Faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent. » Voilà la définition de l’empathie telle qu’elle est rapportée par ce bon vieux Larousse. Il s’agit bien du sujet de la technologie MPathic VR (qui en emprunte même le nom) développée par Medical Cyberworlds.

La société américaine propose au personnel médical une meilleure façon de se projeter dans les pires situations de communication de leur carrière. Annoncer  le diagnostique d’un cancer, le décès d’un proche, arbitrer un conflit familial à propos de soins médicaux… Tous ces scénarios peuvent être explorés via MPathic VR.

Réactions faciales, ton et mots, tout a son importance avec EMpathic VR

Concrètement il s’agit d’un logiciel présentant à l’étudiant en médecine (ou tout médecin déjà confirmé souhaitant se confronter à cette simulation) des personnages virtuels intelligents. Ces derniers sont doués de parole et les nombreuses phrases et réactions qu’ils peuvent simuler sont déclenchées par l’analyse des mots, du ton, et des expressions faciales employées par l’étudiant.

« C’est facile à utiliser, plus immersif, plus efficace et plus abordable que n’importe quelle méthode d’enseignement actuelle. »

Medical Cyberworlds communique peu de détails sur le fonctionnement exact de sa solution. Pour l’heure, les personnages virtuels semblent n’être visibles que via un écran d’ordinateur (bien loin donc des jeux en VR qui sortent aujourd’hui sur les casques de réalité virtuelle). Sur plusieurs images envoyées par la société, l’ordinateur semble équipé d’un senseur type Kinect qui doit servir à la captation des expressions faciales de l’individu, puis à leur interprétation par le logiciel.

MPathic

Certaines images de démonstration transmises par Medical Cyberworlds laissent voir la présence d’un senseur.

Le Digi-Report a contacté Medical Cyberworlds pour en savoir plus. Frederick Kron, Président et fondateur de Medical Cyberworlds nous a répondu.

Certains des détails techniques de notre travail sont confidentiels et je m’excuse de ne pouvoir les partager. Cependant, vous supposez correctement que la raison pour laquelle notre travail a réussi est l’équilibre minutieux de l’art, de la technologie et de la conception pédagogique.

La technologie n’est pas la composante fondamentale de MPathic-VR: c’est l’apparence des personnages, l’authenticité de leur gestuelle, leurs expression et leurs réactions, leur capacité à développer l’empathie de l’apprenant et à avoir un impact émotionnel, la crédibilité du récit interactif et la capacité de tous ces éléments à se combiner d’une manière qui permet aux apprenants de poser des questions, de penser et d’apprendre.

L’importance du dialogue empathique en médecine

Depuis longtemps déjà, les corps médicaux s’accordent à affirmer qu’une bonne communication entre médecins et patients est essentielle, et peut même aller jusqu’à sauver des vies. Ce que semble confirmer une étude menée par la société américaine autour de l’usage des prototypes de sa solution (en avril dernier).

Elle montre que les étudiants ayant utilisé son produit se sont considérablement améliorés en communication de crise (résultats supérieurs à la moyenne des autres étudiants en cursus similaires) et se sentent plus confiants pour aborder des conversations difficiles. Or un dialogue efficace entre un médecin et son patient peut prévenir des erreurs de traitement, ou le refus d’être traité parce qu’on est démoralisé.

La France pas toujours à la pointe en la matière

En France, le corps médical n’en est pas à utiliser la réalité virtuelle, mais procède tout de même à des simulations similaires. L’Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de l’hôpital Foch (à Suresnes) propose depuis plusieurs années des stages où les étudiants sont plongés dans des situations de crises. « Ils font venir des acteurs qui jouent le rôle des patients et suivent un script bien précis. Ils suivent nos échanges puis commentent nos réactions afin de nous aider à nous améliorer » précise Anthony Demont, étudiant à l’IFSI.

Dans certains centres de formation, ces simulations sont plus récentes, voir absentes. Olivier Bellot, second semestre d’internat de chirurgie, a connu la mise en place de ces cours de communication à Paris 6 (Université Pierre et Marie Curie – Sorbonne) :

« Un enseignement a récemment été mis en place pour les 5ème années. Pour ma promo c’était encore un peu expérimental: des groupes de 15 étudiants pour 2 enseignants (médecins hospitaliers). 4 séances de 2 heures réparties sur 2 mois. Les enseignants donnent une situation clinique où un étudiant aura le rôle du médecin et un autre le rôle du patient ou d’un de ses proches. Les situations vont du simple diagnostic à une annonce de fin de vie. Tout est improvisé. »

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