Numérique et art ? Le Maroc s’interroge.

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Du 29 juin au 1er juillet dernier avait lieu, au Maroc, le Forum des droits de l’homme d’Essaouira. Si le Digi-Report s’y intéresse, c’est parce que, cette année, le thème de l’événement était « Créativité et politiques culturelles à l’heure du numérique ». Des grands noms de l’art marocain ont donc débattu sur les apports positifs ou négatifs de la culture digitale.

Les braves marocains qui ont su résister à la tentation de rejoindre les musiques, couleurs et animations de la 20ème édition du Festival de Gnaoua (le weekend dernier), ont pu assister à l’événement du Forum des Droits de l’homme.

Sous le thème « Créativité et politiques culturelles à l’heure du numérique », des tables rondes ont opposé les points de vue de différentes personnalités marocaines à propos de l’impacte du numérique sur l’art et la culture du pays (et pourquoi pas du monde). Comme le précise le magazine marocain H24Info, les discussions ont porté sur plusieurs axes : «Arts vivants, édition, cinéma, musique… Ce que change le digital», «Le digital au service de la diversité?», «Vers l’émergence de nouvelles disciplines artistiques», et enfin «Quelles politiques publiques et quelles actions de l’ensemble des acteurs?»

C’est la première table ronde de l’événement qui nous intéresse, puisqu’elle a opposé les points de vues d’acteurs des arts classiques, à savoir le réalisateur Nour-Eddine Lakhmari, l’écrivain Mohamed Nedali, et Nadia Oufrid, spécialiste du théâtre digital. Il est très intéressant de se penser sur les opinions de chacun d’entre eux pour prendre conscience qu’au Maroc aussi l’art numérique fait son entrée fracassante et vient chambouler les repères en matière de culture.

Le numérique pour libérer la talent au cinéma

Du côté du cinéma, impacté depuis longtemps par le numérique (usage d’effets spéciaux, CGI, etc.) Nour-Eddine Lakhmari estime d’emblée que le numérique est « une chance pour le cinéma ». Il partage l’opinion de plusieurs artistes que le Digi-Report a déjà interviewés en précisant le fait que la technologie permet aujourd’hui de « libérer » les talents.

Si pour les peintres du numérique la technologie permet de ne plus s’astreindre à opérer certaines tâches redondantes pour se focaliser uniquement sur la création, pour le cinéaste la technologie permet de s’affranchir des influences externes. Des plateformes digitales existent désormais pour diffuser ses créations sans tenir compte des impératifs de producteurs ou diffuseurs (Nour-Eddine Lakhmari pensant notamment à Netflix ou Icflix).

Le réalisateur marocain a aussi profité de cette table ronde pour rappeler que le numérique permet l’accès au Cinéma via Internet et démocratise le septième art. Il est aussi accessible aux amateurs qui peuvent produire leurs propres œuvres, via smartphone par exemple.

Des auteurs esseulés face à la montée en puissance du numérique

Mohamed Nedali, représentant de la littérature marocaine, est quant à lui plus sceptique sur l’introduction du numérique dans son art. S’il reconnaît sans hésiter que là aussi la technologie aide à la démocratisation des œuvres, il met en garde sur les effets pervers liés à « l’isolation des auteurs ». Comme pour le cinéma, il existe désormais des plateformes qui permettent aux écrivains d’éditer, publier et vendre leurs ouvrages par eux-mêmes (on pense par exemple à la plateforme d’édition d’Amazon).

Reste qu’en opérant ainsi, l’auteur n’est plus accompagné dans son projet. Il se voit contraint de tout faire tout seul, écriture créative, relecture, correction, édition, marchandage… ce qui engendrerait selon Mohamed Nedali une « tyrannie de l’urgence » poussant l’auteur à bâcler son œuvre, ou potentiellement à sous-estimer sa valeur (par manque de conseils avertis).

Vers le théâtre 2.0

Nadia Oufrid a quant a elle abondé dans le sens des propos de Nour-Eddine Lakhmari. Militant pour l’introduction des technologies numérique dans les arts scéniques (et notamment le théâtre) elle croit fermement en l’ouverture de nouveaux potentiels artistiques et la création de mise en scènes impossibles autrement. La culture digitale devenant ainsi un stimulateur de création pour les arts classiques.

 

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