Bulletstorm : TotalBiscuit coule le deal Gearbox / G2A

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TotalBiscuit, YouTubeur et commentateur de jeux vidéo de renommée internationale, a fait s’effondrer un accord commercial entre l’éditeur de jeux Gearbox et la plateforme de vente en ligne G2A*.

Depuis le 7 avril dernier, les gamers ont pu mettre la main sur tout l’arsenal du jeu vidéo Bulletstorm. Cette nouvelle édition du jeu de shoot phare de 2011 fait actuellement bonne presse sur des plateformes comme Steam. Malheureusement ce n’est pas le cas sur G2A* qui ne peut pas vendre le jeu. L’affaire était pourtant dans le sac.

Gearbox (l’éditeur du jeu, développé par le studio People Can Fly) avait signé un accord avec les gérants de G2A visant à distribuer un certain nombre de clés (licences) de Bulletstorm sur la plateforme. Problème, depuis quelques années déjà, G2A souffre d’une très mauvaise réputation au sein de la communauté des professionnels du jeu vidéo. A l’instar d’autres services dit « de grey market » (ou marché gris), ce site Internet s’est plusieurs fois exposé aux critiques des professionnels en ayant des pratiques à la limite de la légalité (spéculation sur les différences de valeurs monétaires, détournements de clés officielles par l’utilisation de cartes de crédit volées… pour plus d’information, se référer à l’encadré en bas de l’article).

Si G2A a tenté a plusieurs reprises de redorer son image de marque auprès des gamers et développeurs de jeux, en resserrant ses conditions d’utilisation ou en créant G2A Shield (un service payant de protection du consommateur), dans les faits les pratiques restent inchangées. Pourtant le service parvient à séduire des éditeurs comme Gearbox qui était prêt jusqu’à il y a quelques jours à signer un accord de vente officiel par l’intermédiaire de la plateforme (l’éditeur ignorait-il les pratiques ayant cours sur G2A ? Plutôt douteux comme explication, mais jusqu’à présent les communiqués de presse bottent en touche sur cette question).

TotalBiscuit use de sa renommée et pilonne G2A

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John Bain, aka TotalBiscuit

Un fait jugé scandaleux par John Bain (alias TotalBiscuit). Ce Youtubeur britannique s’est fait une renommée internationale en devenant commentateur et testeur de jeux vidéo en ligne. Il est notamment réputé pour sa voix très radiophonique jouant sur un style vocal proche de ce qui se faisait durant les années 50 sur les grandes ondes.

TotalBiscuit est aussi un fervent défenseur de la création vidéoludique et du respect des développeurs. Il s’est maintes fois positionné contre les pratiques du grey market sur les réseaux sociaux. En apprenant l’association entre Gearbox et G2A, il a immédiatement annoncé qu’il refuserait de travailler sur les prochains titres édités par Gearbox temps qu’accord il y aurait avec la plateforme de vente en ligne.

Compte tenu de la popularité du Youtubeur, la menace a très vite été perçue comme sérieuse, suffisamment en tout cas pour inciter Gearbox a revoir les termes de l’accord et imposer à G2A une liste de termes (rédigés avec l’aide de TotalBiscuit lui-même) que le service devrait respecter.

  • Before Bulletstorm Steam launch, G2A makes a public commitment to this: Within 30 days, G2A Shield (aka, customer fraud protection) is made free instead of a separate paid subscription service within terms offered by other major marketplaces. All customers who spend money deserve fraud protection from a storefront. To that end, all existing G2A Shield customers are notified by April 14th that fraud protection services are now free and they will no longer be charged for this.

  • Before Bulletstorm Steam launch, G2A makes a public commitment to this: Within 90 days, G2A will open up a web service or API to certified developers and publishers to search for and flag for immediate removal, keys that are fraudulent. This access will be free of charge and will not require payment by the content holders.

  • Before Bulletstorm Steam launch, G2A makes a public commitment to this: Within 60 days implement throttling for non-certified developers and publishers at the title, userid, and account payable levels for a fraud flagging process. This is to protect content providers from having large quantities of stolen goods flipped on G2A before they can be flagged.

  • Before Bulletstorm Steam launch, G2A makes a public commitment to this: Within 30 days, G2A restructures its payment system so that customers who wish to buy and sell legitimate keys are given a clear, simple fee-structure that is easy to understand and contains no hidden or obfuscated charges. Join the ranks of other major marketplaces.

Andy Chalk, spécialiste chez PC Gamer, confirme que G2A a refusé de se plier aux volontés de l’éditeur (et TotalBiscuit) et que l’accord a finalement été enterré. BulletStorm Full Clip Edition est donc aujourd’hui en vente, et G2A n’a pas l’autorisation d’en écouler des copies.

Pourtant, il convient de rappeler que la collaboration entre Gearbox, et People Can Fly donne la pleine autorité sur le jeu aux développeurs du studio. Ce dernier pourrait donc très bien revenir plus tard sur un accord avec G2A en court-circuitant son éditeur. Une possibilité restant peu probable étant donné les vagues provoquées par cet événement.


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Qu’est-ce que G2A ?

*G2A est une plateforme de vente en ligne de produits dématérialisés (issus des jeux vidéo). Pour se démarquer de grands compétiteurs comme Steam, le service a opté pour une approche de particulier à particulier qui lui a souvent valu le surnom « d’eBay des clés CD ». En effet, sur G2A, les clés de licence et autres produits dérivés sont essentiellement vendus par les particuliers et non les professionnels du domaine. Concrètement, si vous achetez une clé CD d’un jeu vidéo, ou en obtenez une que vous ne comptez pas utiliser (par cadeau ou via l’obtention d’un Bundle), vous pouvez très bien la revendre à un autre joueur sur G2A.

La nature même de ce service a incité bon nombre d’internautes à jouer sur la spéculation en ligne et la différence des valeurs monétaires à l’étranger. Certains achètent les clés sur des plateformes de ventes à l’étranger (notamment l’Asie) pour les revendre en occident à des prix défiant toute concurrence. Ces pratiques sont souvent perçues comme amorales (mais pas formellement interdites du fait des vides juridiques internationaux sur le sujet) et irrespectueuses du travail des créateurs qui ne perçoivent pas d’intérêts sur les transactions entre particuliers.

D’autres pratiques illégales ont entaché la réputation de G2A, notamment l’acquisition de clés de licence sur d’autres plateformes via l’utilisation de cartes de crédit volées. Ces dernières finissant toujours par être invalidées, de nombreux professionnels se sont retrouvés floués et ont pu voir les clés ainsi extorquées mises en vente sur la plateforme G2A. C’était notamment le cas d’Alex Nichiporchik, PDG du studio indépendant TinyBuild (responsable des jeux Speedrunners ou Party Hard) qui expliquait en 2016, dans les colonnes de Numerama, comment sa société avait perdu près de 450 000 dollars du fait d’une économie frauduleuse valorisée par G2A.

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